Courbes de débits symétriques aguichantes et au quasi maximum théorique : elle frôle le gigabit/s dans les bons jours. Après quelques déboires à l’installation et rendez-vous ratés, la fibre Free et moi sommes tombés immédiatement amoureux. Internet était posé sur le coin de mon bureau, j’y piochais sans plus y penser. Steam était à ma porte, les jeux se téléchargeaient le temps d’aller me faire un thé. La vie était belle.

Bien entendu, comme dans tous les couples, nous avons connu quelques petites crises, comme quand les vidéos YouTube se transformaient en diaporama à trois images seconde. Mais l’un dans l’autre, nous nous aimions. Après quelques hésitations, on avait même agrandi la famille. Des routeurs Wi-Fi maillés nous permettaient de profiter l’un de l’autre partout dans la maison, tout le temps. Les consoles et l’Apple TV dans le salon étaient ravies, les jeux en ligne ne laguaient plus, les vidéos Full HD/4K se lisaient en continu dans toute leur splendeur, pixels et bitrate au taquet. La fibre Free et moi, c’était pour la vie numérique.

Et puis Netflix est arrivé dans nos vies, gentiment. Tout allait bien, au départ, la France découvrait la nouvelle offre SVoD distraitement, sans trop y faire attention. De notre côté, nous regardions des films en famille, des séries en couple et même des nanars en solo.

Peu à peu, les vidéos choisies après d’âpres discussions en conseil de famille ont pris de plus en plus de temps à se lancer. Un léger nuage d’angoisse planait à chaque fois. Et si la connexion était en panne ? Mais ce n’était qu’un début. On a tous fait semblant de ne pas s’en rendre compte jusqu’à ce que la petite dernière demande en plein film « mais c’est qui lui ? » car il était impossible de reconnaître le personnage à l’écran. On aurait presque voulu blâmer sa capacité à comprendre la trame ou expliquer la situation par un problème de vue soudain.

Mais, au fil des jours, alors que la réalité ne s’avérait pas plus pixelisée que d’habitude, Netflix a commencé à décliner sa trame « pixel art » sur tout. A part la bande son, il était quasiment impossible de faire la différence entre Peppa Pig et Black Mirror, même si on y parle aussi de cochons parfois, il est vrai.

On a évidemment incriminé le dernier arrivé, le routeur Wi-Fi. Mais en se relocalisant à portée de câble Ethernet, il a rapidement été prouvé que le pauvre n’y était pour rien. On a alors lancé des « speedtests »  divers et variés. Tout était au beau fixe. Avoir entre 300 et 700 Mbit/s reste tout à fait acceptable, n’est-ce pas ? Et Steam continuait à déverser ses jeux par dizaines de Mo/s… Le faisceau de doutes se concentrait peu à peu.

Un navigateur, une adresse, celle de l’utilitaire de Netflix pour mesurer sa bande passante vers ses services : fast.com. Qu’on devrait plutôt appeler notsofast.com. Après de longues secondes d’une attente insupportable, le verdict est tombé. Ma fibre Free me trompe. Elle n’aime pas Netflix.

Est-ce une histoire de jalousie, une très mauvaise blague, ou plus vraisemblablement un problème d’interconnexion ? Difficile à dire à première vue. Inquiet pour notre couple, nous sommes allés voir un conseiller conjugal, le Dr Traceroute. Son diagnostic a confirmé mes craintes. Ma connexion me joue un tour de cochon, elle flirte même avec le ridicule. Le flux Netflix transite gentiment par Marseille avant de filer plein ouest vers la côte est. Arrivée aux Etats-Unis, telle Vénus sortant des eaux, il s’arrête à proximité de Philadelphie, dans un data center de Netflix et revient par là où il est arrivé.

Pour ceux qui n’ont pas d’atlas sous la main, ce n’est clairement pas le chemin le plus court pour streamer un contenu depuis Paris. Surtout quand on sait que Netflix possède des centres de données à quelques kilomètres de ma box Free…

Une situation un peu aberrante qui pourrait faire sourire si cela n’aboutissait pas à des débits de deux petites centaines de Kbit/s pour se connecter à Netflix quand la bande passante mesurée en affiche environ 3 000 fois plus. Voilà qui est agaçant, voire franchement énervant quand la situation perdure et se détériore.

Pire, comme un camouflet ou un fait exprès, ma connexion fibre me concède des débits calamiteux aux heures où nous sommes le plus à même de regarder un film ou une série (tout comme mes voisins et l’intégralité des abonnés français). Ainsi, tous les soirs, entre 21h et minuit, ma chère connexion fibrée dédaigne Netflix. Parmi les dizaines de tests réalisés au fil de quelques semaines, le meilleur débit obtenu pendant cette tranche horaire a été de 3,9 Mbit/s… autant dire que la Full HD n’est pas à l’ordre du jour. L’affichage en VGA guère plus avec le débit minimal de 190 Kbit/s… Vous aussi vous aviez oublié l’existence des kilobits ?

Le plus insupportable, c’est sans doute que dès 00h30 et jusqu’au soir suivant, sans doute, ma connexion fibre Free me nargue. Ce matin encore, à 7h à peine passées, alors que la bande passante « générale » restait quasi inchangée (un petit 386 Mbit/s au saut du lit), Fast la saluait d’un très appréciable 250 Mbit/s. Parfait, même pour de la 4K ! Justement, je pensais binge watcher la saison 2 de Dirk Gently au lieu de préparer le petit déjeuner des enfants…

Je râle et me plains parce que je ne suis pas d’un naturel patient et je le peux. Mais ma connexion et moi ne sommes pas des cas isolés. Il suffit de parcourir les forums et sites spécialisés pour se rendre compte que le problème est réel et répandu. 

Loin des questions de neutralité du Net, laissons ce débat de côté pour le moment, voulez-vous, pour envisager quelques solutions.

La première : abandonner Netflix tant que le géant américain et Free n’ont pas trouvé de terrain d’entente soit pour que le second adopte Netflix Open Connect, soit pour qu’ils partagent des frais liés à la consommation de bande passante.

La deuxième, abandonner ma connexion fibre Free, même si nous semblions destinés à poursuivre une belle et longue aventure, initiée avec les modems RTC. Peut-être est-ce le moment de préciser que, contacté par mes soins, le service de presse de Free a parfaitement imité le comportement de ma connexion devant une requête Netflix. J’attends le time out.

Enfin, troisième et dernière solution, peut-être. Opter pour une méthode un peu brutale et me mettre à télécharger plus ou moins légalement les épisodes des séries et films que j’aimerais suivre sur Netflix et auxquels je n’accède que péniblement. Parce que oui, pour streamer sur des sites interlopes ou télécharger à tout va, ma connexion renoue avec la ferveur de nos premières amours.

Mais pirater alors qu’on est légaliste dans l’âme, voilà un paradoxe qui chagrine. Mesdames et messieurs de la Hadopi, quand le couperet tombera, vous en souviendrez-vous ? Mieux ! Pourriez-vous envoyer votre lettre directement chez Free ? Ca nous ferait gagner du temps…

Comment ne pas penser au piratage qui propose tout, à tout moment et gratuitement quand votre opérateur ne joue pas le jeu et n’offre qu’une bande passante limitée vers une des solutions payantes et légales majeures ? En attendant, comme beaucoup d’autres – problème de riches, il faut en convenir – je continue de payer rubis sur l’ongle mes deux abonnements et ne profite pleinement d’aucun des deux.

J’ai beau avoir Free, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris.

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