Le gaming à Taïwan, c’est du sérieux. Pour s’en convaincre, il suffisait d’assister à la conférence d’ouverture du Computex, où le grand patron de l’événement, Walter M. S. Yeh, plaçait le gaming comme l’un des six piliers de l’industrie IT dans l’île de Formose.
Oui, l’industrie hardware du gaming était mise au même plan que l’IoT, l’IA ou la très en vogue blockchain. Une position doublement logique : avec des PC à 500 € qui réalisent de manière plus qu’efficace les tâches quotidiennes, mis à parts les beaux ultra portables, le seul segment à forte valeur ajoutée qui soit en progression est celui des PC de joueurs.

De plus, la position de Taipei à ce sujet est particulière : si Taïwan s’est faite supplantée par la Chine dans les domaines des smartphones, des tablettes et des PC « normaux » grâce aux capacités de production (et au salaires inférieurs) de l’Empire du Milieu, les poids lourds du segment PC gaming sont taïwanais.
Les HP (USA), Dell/Alienware (USA) et Lenovo (Chine) sont bien sûr en embuscades, mais Asus, Acer, MSI et autres Gigabyte leur tiennent toujours la dragée haute. Ils offrent pléthore de gamme d’appareils, de la tour de brute en passant par les PC portables pro/experts/casual gamers, jusqu’à des ribambelles d’accessoires. Casques audio, périphériques de jeu ou encore fauteuils de gamers gravitent autour des ordinateurs pour former un écosystème qui pèse lourd. Très lourd.

Le hardware gaming, un très gros gâteau

La bataille dans le matériel de jeu s’explique par l’importance du marché. Si le jeu sur mobile se paye logiquement la part du lion, celui du hardware gaming reste le deuxième pilier de toute l’industrie des jeux vidéo. Devant la vente de jeux PC et les ventes des consoles et de leurs jeux, comme le dévoile le rapport du premier trimestre 2018 réalisé par le cabinet Digi-Capital. Si les perspectives de progression du segment sont inférieures au mobile, en 2018 ce marché pèsera entre 30 et 35 milliards de dollars. Soit un chiffre oscillant entre le PIB de Chypre et du Burkina Faso !

Dans les allées du Computex, pas un constructeur d’ordinateur qui ne mette le gaming en avant : en plus de Republic of Gamers (ROG pour les initiés), Asus pousse désormais une seconde gamme – TUF – dédiée aux « casual gamers » et les MSI et autres Gigabyte ne présentent quasiment que des châssis tournés vers le jeu. Sans parler de tout l’écosystème de constructeurs de tour et alimentations à la Thermaltake, Coolermaster et autres.

La culture du PC

Si Taïwan n’a pas connu la même censure des consoles japonaises que la Corée du Sud ou la Chine, l’influence de l’industrie locale a tout de même poussé le gaming PC devant les consoles. Un poids qui se sent aussi bien dans les pubs du métro, les pancartes gigantesques sous les autoroutes ou encore les espaces dédiés au jeu en réseau ou à la VR.
Une inclinaison culturelle qui permet à de nombreuses entreprises de se maintenir voire de continuer à croître tels que les vendeurs de mémoire vive ou de disques durs, des acteurs qui n’ont déjà plus leur place dans le monde du mobile et des tablettes – et qui souffrent des PC ultra-portables nouvelle génération où tous les composants sont soudés à la carte-mère.

Le souffle de l’e-sport

Une des forces qui maintient les PC gamers en vie – et le PC à composants interchangeables – c’est le phénomène de l’e-sport. Dans le Syntrend, nouveau temple de la high tech à Taïwan, inauguré en 2014, Asus et Logitech y ont installé un espace dédié où sont organisés des tournois et où tout le monde peut venir s’entraîner dans les périodes creuses pour ressentir les conditions réelles des compétitions.

Pour élargir sa base d’adeptes, les industriels n’ont pas ménagé leurs efforts et les moyens mis sur la table. Acer, par exemple, a profité du Computex pour envahir une allée piétonne au cœur du quartier cossu de Taipei et y faire des démonstrations de VR, des soirées e-sport, des présentations de ses gammes, etc. dans des stands éphémères qui étaient loin d’être vides.

Du gamer invétéré aux familles, nous avons pu voir, lors de nos différents passages dans cette artère, des publics très différents. Une preuve tangible de la progression des chiffres de l’industrie du jeu : tous les segments d’une population jouent. Et en Asie, le PC est encore une plate-forme de choix des joueurs de tous âges. Pour combien de temps encore ?

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