Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde de la FIFA est intégralement filmée en 4K HDR. Sur les 64 matchs de la compétition, 56 ont été diffusés en cette définition en France, et la finale opposant les Bleus à la Croatie en fera évidemment partie.

Comme toute première fois, tout ne s’est pas forcément déroulé comme prévu. Des erreurs ont été commises, et ont parfois donné aux téléspectateurs l’impression d’être les bêta-testeurs du service des diffuseurs. Problèmes de colorimétrie, images brûlées, latences et différences de cadre… Nous avons discuté avec TF1 et beIN SPORTS, les deux diffuseurs de la compétition, afin de faire un bilan de cette première diffusion 4K française.  

HDR ou SDR, un choix compliqué

En plus d’être filmée en 4K (ou Ultra HD pour être exact), la Coupe du monde expérimentait aussi le High Dynamic Range, une technologie de traitement vidéo visant à rendre l’image plus dynamique. Grâce au HDR, les téléviseurs peuvent extraire des informations directement à la source vidéo et faire ressortir des détails ou améliorer les contrastes. On ne s’attardera pas sur le fonctionnement de cette technologie mais vous pouvez cliquer sur le lien ci-dessous pour en savoir plus.

Le problème du HDR, c’est que différentes normes coexistent. HDR10, HDR10+, Dolby Vision… Les constructeurs se bagarrent et des incompatibilités règnent entre les différents équipements. En théorie, le téléspectateur n’est pas censé se soucier de cette bataille et doit juste profiter d’une meilleure image. En théorie… Faute de compatibilité et d’accords avec les opérateurs français, les chaînes n’ont pas pu se contenter de retranscrire le signal 4K HDR fourni par la FIFA à l’identique.

Ainsi, TF1 a complètement abandonné l’idée de diffuser la Coupe du monde en 4K HDR avant même le premier match. « Si on fait du HDR, il faut qu’il soit propre. On n’a pas le temps, donc on oublie » nous confie Hervé Pavard, directeur technique de TF1. Résultat : le groupe a du convertir le flux 4K HDR que lui envoyait la FIFA en 4K SDR pour pouvoir le diffuser, et s’est donc évité quelques soucis techniques. Tout n’a pas été parfait pour autant. Nous y reviendrons plus tard.

beIN SPORTS n’a pas fait le même choix. Sur les premiers matchs, les abonnés de la chaîne qatarie ont pu constater d’importants problèmes de qualité. Images fades, brûlées…. Des problèmes que la direction technique de beIN SPORTS confirme avoir expérimentés dans un mail adressé à 01net.com. Sur les décodeurs Canal+ et Orange, les équipes techniques ont remarqué une « colorimétrie fade », une « légère impression de saccade » et un « manque de piqué sur l’upscaling ».

Pour améliorer son rendu, beIN SPORTS a décidé de réserver le HDR à Canal+, seul opérateur à proposer des équipements compatibles (son décodeur et l’Apple TV). Les abonnés Orange ont ainsi eu droit à une image convertie en SDR, comme sur TF1, ce qui l’a protégée des changements colorimétriques provoqués par le traitement numérique. Pour améliorer le piqué, beIN SPORTS a ensuite remplacé son système de conversion IP, sans nous en dire plus sur les problèmes causés par l’équipement original. Des changements qui ont porté leurs fruits : les matchs ont en effet gagné en qualité au fur et à mesure de la compétition. La pelouse, au début très fade, est devenue bien plus verte au bout de quelques matchs.

34 caméras : Full HD, 4K HDR et 4K SDR

On ne vous apprend sûrement rien : ni TF1, ni beIN SPORTS ne réalisent les matchs de la Coupe du monde. La FIFA et son partenaire historique HBS sont aux commandes et envoient les même images à toutes les télévisions du monde entier. Les diffuseurs locaux peuvent ajouter quelques plans maison (comme la cabine où se trouvent les commentateurs), mais ont interdiction de filmer le stade. Cette année, HBS a installé 34 caméras dans chaque stade. 32 d’entre elles sont utilisées à la fois pour la diffusion 4K et la diffusion 1080p, les deux autres sont exclusives à chacun des deux formats.

Ainsi, lors des huitièmes de finale, nous avions fait remarquer un changement de cadre pour la diffusion 4K. En réalité, rien n’avait changé.

Depuis le match d’inauguration, le cadrage 4K diffère du cadrage Full HD en fonction des goûts du réalisateur. Si les caméras dédiées aux gros plans, aux images des buts ou des bancs sont identiques (elles filment en 4K SDR, et convertissent le signal en Full HD quand nécessaire), il existe deux caméras pour les plans larges. L’une filme en 4K HDR, l’autre en Full HD SDR. Qui dit écran 4K dit généralement écran plus grand, donc HBS filme plus de choses dans la version 4K des matchs. Assez logique, finalement.

Les chaînes qui diffusent la Coupe du monde en 4K reçoivent de la FIFA un signal unique en 4K HDR (encodé en HEVC), et doivent le convertir elles-mêmes si elles souhaitent diffuser une version SDR. D’autres corrections sont également appliquées, et servent à améliorer la qualité de l’image. Pour la Full HD, c’est un peu différent. TF1 nous a expliqué que jusqu’à 10 signaux sont envoyés, et qu’HBS a beaucoup plus d’expérience de calibrage. Les images posent donc moins de problèmes.

Plusieurs jours pour proposer une image correcte

« Le fait d’avoir renoncé au HDR aurait pu nous protéger, mais ça ne l’a pas fait » avoue le directeur technique de TF1. Certes, la première chaîne d’Europe a évité une probable catastrophe, mais il était difficile d’être séduit par la 4K lors des premiers matchs. En fonction du décodeur utilisé et du téléviseur, la qualité des matchs changeait énormément. La raison : « les téléviseurs gonflent la luminosité et tentent d’améliorer l’image en forçant sur les nits » explique Hervé Pavard. « Les téléviseurs ne restituent pas pixel par pixel le signal qu’on a fabriqué et veulent impressionner le spectateur ».

Ce sont ces dysfonctionnements qui ont entrainé des problèmes de qualité lors des premiers matchs. En fonction de la lumière, les images apparaissaient différemment et étaient surexposées et fades. « Il nous a fallu 2-3 jours pour être sûr que l’image que les gens recevaient était bonne » indique TF1.

Dans le doute, TF1 nous confie avoir même essayé trois convertisseurs HDR vers SDR différents avant de comprendre que le problème ne venait pas de la conversion. En réalité, les images sont étalonnées par des experts d’HBS sur des images Full HD. Résultat, sur TV 4K, les caméras n’étaient pas adaptées. La deuxième semaine de Coupe du monde, HBS a réussi notamment à mieux calibrer la 4K selon les variations jour/nuit. Les différences colorimétriques entre les 35 caméras remarquées par certains téléspectateurs s’expliquent d’ailleurs par ces différents étalonnages.

Quel avenir pour la 4K sur TF1 et beIN ?

Dans les prochaines semaines, TF1 et beIN SPORTS prendront le temps de faire le bilan de cette première expérience. Si le chaîne qatarie nous a indiqué ne rien avoir « arrêté à ce stade » concernant la diffusion de matchs en 4K après la Coupe du monde, TF1 continuera lui d’exploiter sa chaîne spéciale. D’abord pour diffuser des grands prix de F1, puis éventuellement pour des documentaires et du divertissement. Aucune décision n’a été prise à l’heure actuelle mais la chaîne prend au sérieux le sujet.

Seule question : quid du HDR ? France Télévisions, en diffusant Roland Garros en 4K HDR, a pu expérimenter les difficultés de cette technologie, et TF1 se montre prudent quant à son utilisation.

Dernière étape pour les deux chaînes avant de réfléchir à tout ça : diffuser la finale de la Coupe du monde dimanche 15 juillet dans la meilleure qualité possible… et voir la France gagner ?

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