Nos déplacements sont aussi uniques que des empreintes digitales. Des chercheurs de l’Université de Californie viennent une nouvelle fois de le prouver en cherchant à savoir si l’élection présidentielle de 2016 avait altéré les comportements des Américains. Plus précisément, leur idée était de voir si les réunions familiales de Thanksgiving avaient été perturbées par des débats politiques houleux et irréconciliables entre les membres politiquement divisés d’une même famille.

Comment ont-ils fait ? Ils ont puisé dans l’énorme réservoir de la société Safegraph, spécialiste de l’exploitation de données mobiles. Cette dernière a été capable de récupérer 17 000 milliards (!) d’informations de position provenant de 10 millions de smartphones durant tout le mois de novembre 2016. Grâce à cela, les chercheurs ont identifié les lieux de résidence des personnes et examiné s’ils différaient de leur résidence habituelle. Lorsque c’était le cas, ils en ont déduit que les utilisateurs et utilisatrices s’étaient déplacées pour passer Thanksgiving avec des amis ou en famille.

L’élection présidentielle a écourté les dîners de Thanksgiving

Pour capturer les tendances politiques, nos scientifiques ont recueilli les résultats de l’élection présidentielle de 2016 au niveau de la circonscription, qui est l’échelon le plus fin localement aux Etats-Unis. Ils ont alors supposé que les habitants et habitantes des circonscriptions votant pour Clinton étaient démocrates, alors que ceux des circonscriptions de Trump étaient républicains. Une extrapolation forcément approximative qu’ils ont tempéré en appliquant les pourcentages de votes attribués aux partis au niveau national, ainsi que des Etats.

Une fois le tableau posé, ils se dont demandé si les démocrates avaient passés moins de temps aux dîners de Thanksgiving dans les foyers républicains que dans les démocrates. Et vice-versa. La réponse est oui : entre 20 et 30 minutes de moins.

Si la démonstration est riche d’enseignements au niveau sociologique et politique, elle relance une nouvelle fois le débat sur l’anonymisation des données. Ici, de simples déplacements ont réussi à en dire beaucoup sur les opinions politiques de chacun et chacune. Or, en 2013, des chercheurs du MIT et de l’Université catholique de Louvain en Belgique avaient prouvé qu’il était possible d’identifier une personne dans 95% des cas, si l’on connaît quatre endroits où elle est passée dans une zone de 1km².  Mettre un nom sur chaque propriétaire de smartphone catalogué démocrate ou républicain n’est donc alors plus qu’une histoire de recoupement de données. Et cela n’est pas une bonne nouvelle pour le respect de la vie privée des citoyens et des citoyennes.

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