C’était non seulement le choc de deux Titans mais aussi un peu le futur des voitures autonomes qui se dessinait dans ce tribunal américain. La bataille allait faire rage, longtemps, et la décision de justice allait certainement faire date. Pourtant, les deux géants ont finalement enterré la hache de guerre après avoir trouvé un accord dans la nuit de jeudi à vendredi.

Une rivalité prometteuse mais…

Après un premier assaut, une série de révélations et des accusations rocambolesques de vol de propriétés intellectuelles, à faire pâlir bien des scénarios de films d’espionnage, Waymo allait enfin défendre tout son travail et la justice trancher. Uber était-elle la société sans scrupule capable d’organiser l’embauche d’un membre central du projet Google Cars ? Avait-elle plus ou moins couverte l’exfiltration de données sensibles pour rattraper la concurrence ?

Le procès était ouvert depuis quelques jours. Waymo avait donné le ton en octobre dernier en réclamant un milliard de dollars de dédommagements. Le tonnerre résonnait dans la Silicon Valley. Uber allait-il mordre la poussière ? Le nouveau PDG de la jeune société allait-il devoir rattraper les erreurs de son sulfureux prédécesseur, Travis Kalanick ?

Si les premiers temps laissaient entendre que Waymo avait toutes les cartes en main, le fait que l’homme au cœur de l’affaire, Anthony Levandowski, refuse toute collaboration avec la justice fragilisait beaucoup l’argumentaire de Waymo. Pire, cela compliquait sa tâche pour désigner un fautif. L’autre solution semblait donc de mettre Travis Kalanick sur la sellette en lui faisant reconnaître qu’il était l’instigateur de cette affaire, qu’il avait cherché à obtenir des « cheat codes » pour la voiture autonome.

Un exemplaire de voiture autonome testé par Waymo.

Travis Kalanick, pierre d’achoppement imprévue

Devant cette situation plus complexe qu’anticipée et quelques jours après le début des hostilités en justice, un des avocats de Waymo contactait ses homologues défenseurs d’Uber en secret pour proposer un accord. La société de VTC paierait 500 millions de dollars en action et laisserait un tiers analyser le logiciel utilisé pour ses voitures autonomes.

Cette proposition surprenante pouvait être jugée comme plutôt bonne par la nouvelle équipe de direction d’Uber. Comme le précise Bloomberg, la société de San Francisco venait de mener une levée de fonds auprès de Softbank en réduisant fortement la valeur de ses parts, donner quelques actions de plus pour en finir avec le passé n’était pas forcément une mauvaise chose.

Sauf que le conseil d’administration d’Uber devait refuser cette offre sous l’impulsion de son ancien PDG. Travis Kalanick voulait laisser sa chance au procès au cours duquel il devait témoigner.

C’est d’ailleurs son témoignage mercredi dernier qui a fini de transformer le combat homérique promis entre Uber et Waymo en différend policé. Les avocats de Waymo n’ont en effet pas réussi à déstabiliser le fondateur d’Uber avec leurs questions. Travis Kalanick serait resté calme et aurait répondu point par point, montrant une détermination certaine.

Eviter les projecteurs

Après cette déconvenue, les négociations ont continué. Outre que les avocats de Waymo peinaient à plaider leur cause, et notamment que Uber utilisait du matériel conçu au sein de Google, Larry Page devait bientôt être entendu dans le cadre du procès. Une situation qu’Alphabet, la maison de Waymo souhaitait éviter autant que possible, selon le Wall Street Journal.

Finalement, jeudi dernier au soir, la veille de la journée où l’équipe de défense de Waymo devait entrer dans le vif du débat technique, un accord a été trouvé. Uber acceptait l’audition par un tiers de son code, assurait qu’il n’utiliserait pas de technologies développées par Waymo et accordait 0,34% de ses parts à la filiale d’Alphabet – un nombre d’actions valorisées entre 153 et 245 millions de dollars selon la valeur accordée aux parts d’Uber qui n’est toujours pas cotée en bourse. Aucune somme en liquidité n’a été exigé.

Pourquoi accepter l’accord ?

Uber se sort bien de ce procès qui a été pour beaucoup d’observateurs le symbole des années d’excès de Travis Kalanick. La société n’a pas à piocher dans ses réserves de liquidités, elle peut continuer à travailler sur ses projets de voitures autonomes, tant qu’elle respecte ses engagements, et l’avenir semble dégagé. Les quelques dixièmes de pourcents de parts accordés à Waymo ne posent aucun problème puisque la filiale du géant de Mountain View possède déjà 4% d’Uber.

Côté, Waymo, la somme obtenue en définitive est dérisoire. Mais la société de Larry Page ne cherchait pas tant de l’argent – le procès devrait d’ailleurs lui coûter une fortune en avocats, experts, etc. – que la certitude de contrôler un concurrent et de s’assurer qu’il n’utilise pas sa technologie.

L’aspect extrêmement technique de ce procès, qui complexifiait le travail des jurés, ne garantissait pas la victoire face à Uber. L’accord de non-utilisation de ses technologies est en fait l’essentiel, sans doute, pour Waymo.

A quelques mois du lancement de Chauffeur, son service de voiture autonome à la demande, Waymo avait pour principal objectif de garantir son avance dans ce domaine, qui pourrait devenir extrêmement profitable dans les années à venir.
Ce procès se résume en apparence à beaucoup de bruit pour rien mais croire qu’il ne change rien serait une erreur. Il n’y a, a priori, pas de perdant dans ce combat. En revanche, il y a toutefois un vainqueur, Alphabet, pour qui la voie est désormais dégagée.

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