« Comment ça va sur la Terre ?” » écrivait Jean Tardieu dans son poème Conversations. Une phrase que l’on serait tenté de reprendre à l’adresse d’Internet, alors que la fondation Mozilla publie son rapport « Le bulletin de santé d’Internet ». A première vue, la situation ne va pas si mal et s’améliore même sur de nombreux plans, comme la couverture numérique mondiale ou le chiffrement des communications. Mais dans le détail, il y a beaucoup à redire et certains phénomènes tels que la censure ou le harcèlement en ligne s’aggravent même. 

Il ne s’agit pas d’une grande enquête mais d’une compilation d’études à laquelle de nombreux acteurs ont participé : membres de la communauté Mozilla, chercheurs, activistes des droits numériques. Une sorte de prototype de ce rapport avait déjà été réalisé l’année dernière mais cette édition signe le premier véritable numéro officiel.

Des inégalités suivant le lieu et le sexe

Sur le volet de l’inclusion numérique, la couverture numérique s’améliore au point que près de la moitié de la population mondiale est aujourd’hui connectée. Mais cela masque de grandes disparités : en Afrique, seuls 20% des habitants ont accès à Internet, malgré l’adoption ultra rapide des téléphones portables. A cette inégalité géographique, s’ajoute celle du sexe : exception faite des Etats-Unis, les femmes sont moins nombreuses en ligne que les hommes. Et la tendance s’est accentuée en Afrique depuis 2013.

Concernant le coût d’un accès Internet, il y a du mieux. Le prix des données mobiles diminue mais reste beaucoup trop élevé dans les pays les moins avancés. « L’accès à Internet est considéré comme abordable lorsque 1 Go de données mobiles haut débit revient à un prix égal ou inférieur à 2 % du revenu national brut mensuel (RNB) par habitant », rappelle Mozilla. Si l’objectif est atteint en Europe et en Amérique du Nord, en Afrique, « les gens déboursent en moyenne 17 % de leur revenu mensuel moyen pour la même quantité de données, et souvent pour des connexions considérablement plus lentes. »

La majeure partie des Internautes en proie à la censure

Soulagement du côté du chiffrement avec l’adoption croissante du protocole HTTPS, à laquelle Mozilla a contribué. Toutefois, certains pays autoritaires comme la Chine sont amenés à dégrader ce protocole à des fins de surveillance. Dans ces mêmes Etats, la censure des réseaux sociaux et des messageries est  à l’oeuvre. WhatsApp a été l’application la plus souvent bloquée ou restreinte entre juin 2016 et mai 2017. Facebook, Twitter, Skype, YouTube, VKontakte et WeChat figuraient également parmi les services les plus ciblés dans 26 pays différents. La Russie, le Brésil, l’Egypte, la Turquie, l’Iran ou encore l’Inde font partie de ces territoires où les populations ne peuvent pas accéder à Internet librement. Pour les en empêcher, les méthodes vont de l’interruption technique à la censure en passant par la désinformation. Au final « les deux tiers des internautes vivent dans des pays où la censure d’Internet et des médias est monnaie courante », apprend-on avec stupéfaction.

Autre fléau, le harcèlement en ligne est en augmentation. Mais il a conduit des plateformes comme Twitter et Facebook a changer leurs règles et à adopter des mesures de vigilance au cours de l’année 2017. Des effets positifs devraient donc se faire sentir. Attention cependant : la tentation est forte d’avoir recours à des intelligences artificielles pour automatiser les procédures et cela peut conduire à des erreurs, réduisant parfois au silence des activistes.

Les dépenses énergétiques mondiales explosent

Enfin, dernier point noir : la consommation énergétique. Les géants du web font des efforts pour améliorer leur efficacité énergétique mais la demande  est telle à l’échelle mondiale que les technologies de communication émettront plus d’émissions de carbone en 2025 que n’importe quel pays, à l’exception de la Chine, de l’Inde et des États-Unis. Par ailleurs, Mozilla souligne que les internautes ne voient généralement pas plus loin que leur facture d’électricité, alors qu’ils devraient parfois s’interroger sur leur comportement. Comme commander des lampes via un assistant vocal. « Cela crée une chaîne de réactions au-delà de votre domicile, d’un centre de données à un autre, à mesure que les informations circulent dans les deux sens », fait observer la fondation.

Véritable poupée gigogne, ce rapport sur la santé d’Internet comporte également trois développements sur la vulnérabilité de l’Internet des objets, la désinformation et la taille critique de certaines entreprises technologiques. Ce dernier focus, qui dénonce le trop grand pouvoir de certaines plateformes devenues incontournables et qui savent tout de nous, tombe à point nommé en plein scandale Facebook.

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