« Les tueurs des écoles sont des héros. »

C’est le site d’investigation Reveal qui, le premier, a tenté de recenser sur la boutique en ligne Steam, éditée par l’américain Valve, les pages faisant l’apologie des responsables de tueries de masse. Vendredi 2 mars, les auteurs de cette enquête comptabilisaient 173 groupes glorifiant les auteurs des fusillades.

Sur Steam, il est possible d’acheter et de télécharger des milliers de jeux vidéo. Mais la boutique propose aussi des fonctions « sociales », à la manière de Facebook, qui permettent aux joueurs de discuter entre eux ou de se regrouper par affinité au sein de « groupes » qu’ils créent et nomment eux-mêmes.

Si la plupart n’affichent que d’innocentes conversations sur le jeu vidéo, certains d’entre eux posent problème, comme l’a révélé l’article de Reveal. Depuis sa publication, Valve a, semble-t-il, renforcé sa modération, la plupart des pages citées la semaine dernière étant, depuis, introuvables.

Les liens vers une douzaine de groupes encore recensés par Google renvoient d’ailleurs désormais vers des erreurs, a constaté Le Monde dans l’après-midi du jeudi 8 mars.

La tuerie de Columbine célébrée

Les groupes et individus glorifiant des tueurs ont pourtant loin d’avoir disparu. Une recherche sur les termes school shooter (tueur des écoles) ou school shooting (tuerie des écoles) renvoie vers une centaine de pages différentes. Onze d’entre elles font l’apologie des auteurs des massacres. De nombreuses autres sont consacrées à Eric Harris et Dylan Klebold (parfois simplement surnommés « E & D »), les deux responsables, en 1999, de la fusillade de Columbine.

Mais les « groupes » ne sont pas les seules pages de Steam sur lesquelles on peut trouver ce genre d’apologie. Certains joueurs utilisent (ou ont utilisé, comme en témoigne la fonction de Steam permettant de consulter les anciens pseudonymes d’un utilisateur) comme nom d’emprunt celui d’un tueur de masse.

Si une recherche « Nikolas Cruz » renvoie vers 190 profils potentiellement ambigus, au moins une vingtaine d’entre eux associent à ce nom une photographie de l’auteur du massacre.

Ainsi, près de cent profils portent ou ont porté les noms d’Eric Harris ou Dylan Klebold, avec des photos de profils associés. On recense également une dizaine d’Adam Lanza (responsable de la tuerie de Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut) et au bas mot une vingtaine de Nikolas Cruz, formellement accusé cette semaine des dix-sept meurtres de Parkland (Floride). On compte aussi au moins huit différentes variations de school shooter ou school shooting.

Provocation idiote ou messages de haine véritable : le phénomène dépasse en tout cas la question des tueries en milieu scolaire. On compte aussi au moins une centaine de pages faisant l’apologie du nazisme, du racisme ou du Klu Klux Klan, ou appelant à tuer, pêle-mêle, « les homosexuels », « les musulmans », « les hommes » ou même « les furies » (animaux anthropomorphes de fiction).

Le fait d’une minorité

A l’heure où Donald Trump s’apprête à recevoir les représentants de l’industrie américaine du jeu vidéo (jeudi 8 mars, à 20 heures, heure française), l’audience et la portée de ces groupes sont toutefois à relativiser.

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Si Steam est une plate-forme très utilisée, sa dimension « sociale » reste anecdotique : la plupart de ces groupes ne dépassent pas la vingtaine d’inscrits, ou, dans de très rares cas, la centaine. Enfin, ils sont très peu actifs : à de rares exceptions près, aucun message n’y a été posté depuis six mois, voire plusieurs années.

Davantage que l’obsession morbide d’une minorité des joueurs, c’est surtout la question de la modération sur Steam qui pose question. La responsabilité de Valve quant à sa modération est, en effet, rarement questionnée, alors qu’avec 150 millions de comptes créés depuis 2003, Steam héberge à peine deux fois moins d’utilisateurs que Twitter.

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